Guide du don efficace

Partie 2 / Méthodologies

Causes prioritaires

Choisir les causes auxquelles allouer nos ressources constitue une étape primordiale dans la réflexion sur les meilleurs moyens d’aider les autres.  C’est en effet ce qui nous permet de nous orienter dans un premier temps parmi la multitude d’actions envisageables.

En bref

Les organisations caritatives interviennent généralement au sein d’un domaine ou d’une cause spécifique, comme par exemple la recherche scientifique pour trouver un traitement à une certaine maladie, l’aide aux personnes sans abri, ou encore la défense de l’environnement. L’objectif est souvent de trouver des solutions à un problème donné (respectivement la souffrance engendrée par cette maladie, la pauvreté, ou les conséquences environnementales de l’activité humaine). Ainsi, pour choisir à quelle organisation caritative faire un don, il faut commencer par comparer les problèmes sur lesquels elles travaillent. Pour évaluer et sélectionner les causes, nous pouvons utiliser les trois facteurs suivants :

Comment évaluer une cause ?

Ampleur

Combien d’individus sont affectés par ce problème, et à quel point le problème affecte-t-il chaque individu concerné ? Par exemple, le réchauffement climatique a une ampleur considérable car l’ensemble des individus sur la planète seront touchés par ses conséquences. À l’inverse, certaines maladies rares affectent très peu de personnes et d’autres, tels que le rhume, ne nuisent typiquement pas de manière dramatique au bien-être des individus ; ce sont donc des problèmes qui ont une faible ampleur.

Potentiel d'amélioration

Est-il facile d’avancer dans la résolution du problème ? Pour certains problèmes, par exemple, des solutions sont déjà disponibles, et il suffit de les mettre en œuvre pour contribuer à leur résolution Ainsi une manière efficace de lutter contre le paludisme est de distribuer des moustiquaires pour protéger les individus des moustiques porteurs de la maladie. Pour d’autres problèmes, il n’y a pas de solution connue.

Caractère négligé

Quelle quantité de ressources est déjà allouée à la résolution du problème ? Certaines causes reçoivent déjà beaucoup d’argent ou de ressources humaines, comme la lutte contre le réchauffement climatique, tandis que d’autres en reçoivent beaucoup moins, comme la prévention de certaines maladies présentes uniquement dans les pays pauvres.

Dans l’état actuel de nos connaissances, trois causes semblent particulièrement prometteuses, c’est-à-dire qu’il est probable que nos efforts aient un très fort impact.

Il est important de souligner que les causes mises en avant ici ne sont pas les seules qui puissent être jugées prioritaires. Parmi les causes qui ont suscité l’intérêt d’organisations de l’altruisme efficace, on peut trouver par exemple la réforme du système carcéral américain, la santé mentale, l’amélioration des méthodes de prise de décision individuelles et politiques ou encore le soutien à la recherche dans des domaines à fort impact sont également considérées.

 

On estime que 10 millions de personnes vivant dans des pays pauvres meurent chaque année de maladies qui peuvent être soignées ou contrôlées à peu de frais. Le problème de la santé dans les pays pauvres est donc de grande ampleur, avec un fort potentiel d’amélioration. Bien que ce problème fasse déjà l’objet de nombreux programmes d’aide (ce n’est donc pas une cause très négligée), il s’agit d’une cause à fort potentiel d’impact.

 

Les personnes que nous aidons en contribuant à cette cause sont des êtres humains qui existent actuellement. Mais ces derniers ne sont pas les seuls individus dont le bien-être nous importe. D’abord, nos actions influencent les conditions de vie des générations futures. Par ailleurs, les êtres humains ne sont pas les seuls individus que nous pouvons aider.

Si l’on inclut dans le champ des causes possibles les souffrances causées à tous les animaux, alors la souffrance des animaux d’élevage est une autre cause majeure, à la fois de grande ampleur, avec un fort potentiel d’amélioration, et largement négligée. On estime qu’environ 50 milliards d’animaux sont élevés et abattus chaque année, et la plupart ont des conditions de vie particulièrement pénibles.

 

Certaines technologies comme les armes nucléaires, l’intelligence artificielle, la biologie de synthèse, ou le dérèglement climatique, présentent des risques de catastrophe globale, capables de créer une quantité de souffrance considérable ou compromettant l’avenir de l’humanité. Bien qu’il soit extrêmement difficile d’estimer la probabilité de leur réalisation ou d’évaluer précisément les actions qui visent à réduire ces risques, l’ampleur même des catastrophes, ainsi que leur caractère négligé, en font un problème également considéré comme prioritaire.

Sélection des interventions

En bref

Au sein de chaque cause, de nombreuses stratégies peuvent être proposées pour venir en aide aux individus.

Par exemple, si l’on souhaite améliorer le sort des animaux d’élevage, on peut envisager de sensibiliser les entreprises agroalimentaires pour les inciter à changer certaines pratiques, de convaincre restaurants et supermarchés de réduire leur offre de produits d’origine animale et augmenter la disponibilité d’alternatives végétales, de tourner et diffuser des photos et vidéos issues d’enquêtes menées dans les lieux d’élevage et d’abattage, de manifester, de distribuer des tracts,… Dans la plupart des cas, certaines stratégies ont beaucoup plus de succès que d’autres.

Dans la mesure du possible, pour repérer les pratiques les plus efficaces, les critères suivants peuvent être utilisés.

Comment évaluer une intervention ?

Existence de données fiables

Pour être sélectionnée, une intervention doit idéalement avoir fait l’objet d’études dont la méthodologie est solide et fiable. En particulier, il s’agit de s’assurer que les changements observés suite à une action sont réellement causés par cette intervention spécifique, et non par d’autres facteurs externes.

Rapport coût / bénéfice

Après avoir démontré que l’intervention a effectivement des résultats positifs, il s’agit de déterminer l’ampleur des résultats obtenus par euro dépensé. Y a-t-il une autre stratégie qui obtient de meilleurs résultats ? Certaines stratégies sont plus difficiles à évaluer que d’autres, par exemple les campagnes de sensibilisation, mais dans la plupart des cas il est possible d’obtenir un ordre de grandeur du rapport coût / bénéfice d’une intervention.

Sélection des organisations

Une fois les causes et interventions prioritaires identifiées, il reste à déterminer les organisations caritatives qui seraient en mesure d’avoir le maximum d’impact si elles recevaient des ressources supplémentaires.

En bref

Une fois les causes et interventions prioritaires identifiées, il reste à déterminer les organisations caritatives qui seraient en mesure d’avoir le maximum d’impact si elles recevaient des ressources supplémentaires.

Comment évaluer une organisation ?

Existence de données fiables

Les organisations sont généralement sélectionnées parce qu’elles mettent en place des interventions jugées prioritaires. Il s’agit ici de vérifier dans le détail que les choix de mise en œuvre de ces interventions ont toujours les bénéfices attendus, pour des programmes dont l’envergure dépasse souvent largement celle des études académiques initiales.

Rapport coût / bénéfice

Ce critère, déjà utilisé pour évaluer les interventions, est évalué de nouveau à la lumière des choix d’implémentation. L’idéal est d’obtenir une estimation précise de l’impact par quantité de ressource investie (par exemple : nombre de vies sauvées par euro investi) dans le but de pouvoir comparer les organisations entre elles de manière quantitative.

Capacité à gérer des dons supplémentaires

Il n’est pas suffisant de s’assurer que l’organisation a dépensé ses fonds de manière efficace dans le passé. Il faut aussi qu’elle ait la capacité à utiliser les dons supplémentaires de manière efficace.

Transparence

Les organisations doivent accepter de communiquer les informations relatives aux interventions qu’elles mènent afin que leur analyse puisse être réalisée de manière transparente.