Fondements intellectuels

Les idées de l’altruisme efficace s’appuient sur des avancées récentes en économie, en psychologie, et en philosophie morale, en particulier :

L’ascendance d’une approche à l’aide au développement basée sur des preuves scientifiques rigoureuses, tels que les essais randomisés contrôlés conduits par les économistes du Poverty Action Lab (co-fondé par Esther Dulfo). Ces essais permettent de déterminer de manière fiable l’impact d’un programme social en évitant les corrélations fallacieuses.

Le développement du domaine des heuristiques et bais cognitifs, en particulier le travail des psychologues Daniel Kahneman et Amos Tversky. Cette littérature met en évidence les défauts systématiques de la rationalité humaine, et permet donc d’augmenter son impact en agissant délibérément contre ces biais.

Les arguments moraux développés par Peter Singer et d’autres, en faveur d’un devoir moral d’utiliser une proportion de ses ressources pour combattre l’extrême pauvreté, et en faveur d’une extension du cercle de considération morale afin d’y inclure des inconnus vivant à distance, des personnes futures, et les animaux non-humains.

Le mouvement

L’altruisme efficace suscite un intérêt croissant depuis quelques années. GiveWell évalue l’efficacité d’organisations caritatives depuis 2007, et cela fait depuis 2006 que les membres de la communauté rationaliste LessWrong cherchent à corriger les biais cognitifs humains pour faire plus de bien.

Lancée en 2009, Giving What We Can est la première communauté d’altruistes efficaces connue d’un public plus large. Les membres de Giving What We Can s’engagent à donner au moins 10% de leur revenu aux organisations caritatives les plus efficaces au monde. Le co-fondateur Toby Ord est allé plus loin : il donne tous ses revenus au-delà de £18 000 (24 000€) par an.

L’altruisme efficace reçut alors une couverture médiatique grandissante, avec des articles dans les médias britanniques (The Sunday Times, The Guardian, BBC News) et Étatsuniens (The Wall Street Journal, The New York Times, MSNBC). Grâce à toute cette attention, dans le monde entier des personnes partageant une sensibilité pour les valeurs de l’altruisme efficace rejoignirent le mouvement. Trois ans après son lancement, Giving What We Can comptait 250 membres, engagés à donner 100 millions de dollars au cours de leur vie.

Pendant ce temps, de plus en plus de gens souhaitaient faire plus que de donner. 80,000 Hours, une organisation qui se concentre sur les meilleurs moyens de faire du bien à travers sa carrière, fut créée en février 2011 ; puis en décembre 2011 différentes ONG altruistes efficaces furent regroupées sous l’égide du Centre for Effective Altruism.

L’altruisme efficace a reçu le soutien de telles personnalités que Paul Brest, ex-directeur de Stanford, et Peter Thiel, co-fondateur de PayPal. Le philosophe Peter Singer est un adepte enthousiaste de l’altruisme efficace, qu’il a fait connaitre à une audience encore plus large à travers son TED Talk de 2013 et son livre The Most Good You Can Do.